top of page

Entrée chaotique et retrait précoce : les deux causes du "sous-travail" Français

  • il y a 7 jours
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


En résumé:

Quand ils ont un emploi les travailleurs Français travaillent annuellement un peu plus que leurs voisins européens. Mais ils sont relativement moins nombreux, pour 3 raisons :

-          La jeunesse de notre population, fait que nous avons 3% de population de moins en âge de travailler que nos voisins européens du nord.

-          Une moindre présence d’actifs occupés chez les jeunes : même en âge de travailler, les jeunes sont moins présents sur le marché du travail et surtout plus impactés par le chômage, avec 13 pts d’actifs occupés en moins chez les 20-24ans Français vs l’Allemagne.

-          Un faible taux d’occupation des 55-64 ans, inférieur de 14 points à celui des voisins européens. 


Nos déclinistes proclament régulièrement que « les français ne travaillent pas assez » (par exemple Nicolas Baverez, « La France en voie de tiers-mondisation » dans Le Figaro du 12/2/2026). De ce refus du travail, les 35h, les RTT, le nombre de jours de congé seraient les marqueurs. Ils s’appuient sur un ratio un peu chou contre carotte : un Français travaille « en moyenne », 621h/an contre 785h pour un États-Unien. Il travaille en moyenne 50h de moins que nos voisins du nord.


Passons sur le ton souvent infantilisant de ces contempteurs, car le sujet est important. Il concerne le socle de notre cher modèle social : les heures travaillées annuellement représentent notre capacité à financer notre modèle social. 3% de travail en plus c’est 3 points de PIB en plus, ce PIB utilisé pour mesurer cette richesse collective à partager. Notre déficit 2026 serait de 5% du PIB, notre modèle social pèse 32% du PIB contre 27% dans l’UE. Chercher à augmenter ce dénominateur a donc du sens, c’est pourquoi il est important de se pencher sur la mesure du travail « moyen » des Français.


 

Les actifs occupés Français travaillent annuellement plus que les autres européens

 Rapporter le nombre d’heures travaillées à la population totale donne un chiffre qui ne permet pas de comparaison entre pays puisqu’il mélange toutes sortes de phénomènes. Il faut le rapporter au nombre de ceux qui travaillent.



Et alors le verdict change : le nombre d’heures travaillées, par actif occupé, est en France supérieur à celui de l’Allemagne, supérieur à la moyenne de l’Europe du Nord. En Europe, seuls les Italiens et les Espagnols travaillent significativement plus longtemps que les Français.


 Donc, quand les Français travaillent, ils sont au-dessus des standards que les déclinistes nous adressent. D’autant plus qu’en France nous avons beaucoup moins recours au temps partiel que nos voisins du nord : 11% d’emplois à temps partiel en France contre 19% chez les vertueux Allemands. Définitivement non, les 35h, les RTT et les congés pléthoriques ne sont pas les totems d’une France faignante.

 


Un déficit de travailleurs actifs occupés



Ces Français actifs et employés, qui produisent notre richesse, ne sont pas assez nombreux : ils représentent 42% de la population totale, contre quasiment 50% en Europe du Nord. Autrement dit notre modèle social repose sur trop peu de monde en comparaison de ce qui se passe chez nos voisins du nord.

Sur 100 Français, seuls 42 travaillent. Pour trois raisons :

-          45 n’ont pas l’âge de travailler (ils ont moins de 20ans ou plus de 64 ans), contre 41 en Allemagne et aux Pays-Bas. 

-          11, bien qu’en âge de travailler, ne sont pas sur le marché du travail. 2 points de plus qu’au nord de l’Europe.

-          3 Français sur 100 sont tenus à l’écart du travail par le seul chômage, 1 point de plus qu’au nord.

 



Donc, sur les 6 points de population active occupée qui nous manquent vs nos voisins européens les plus travailleurs, la moitié est expliquée par notre population qui est (encore) plus jeune. Quand 59% des Allemands contribuent au PIB, seuls 55% des Français le font. Ce qui au passage induit que pour produire le même PIB, le Français en âge de travailler doit être en moyenne 7% plus productif que le travailleur Allemand.


Le chômage ne compte que pour un point dans l’écart avec nos voisins vertueux. La majorité de notre « sous travail » est liée à des choix collectifs souvent implicites : articulation études / travail, garde d’enfants, âge de départ à la retraite. Trop peu de productifs pour financer un modèle social lesté de trop d’improductifs « volontaires ».

La France a une population plus jeune que la moyenne des pays de l’OCDE, ce qui est un atout potentiel. Et notre espérance de vie est plutôt parmi les plus élevées au sein de l’OCDE, ce qui est une chance.



Mais cet atout et cette chance se traduisent aussi par un déficit de travail concentré aux âges de début et de fin de la vie active : nous avons une sous-activité plombante vs nos voisins européens du nord, 7 points de déficit d’activité pour les 20-24 ans et 13 points pour les 55-64 ans. La spécificité française se situe aux deux extrémités de la vie active : une entrée tardive et chaotique, et un retrait précoce.

 

Une articulation formation-vie active inefficace

Alors que le chômage n’est globalement pas notre problème majeur, il pèse fortement sur les plus jeunes : avec 16% pour les 20-24ans, il est de 10 points supérieur à ce qui se passe en Allemagne (et 6% dans les pays du nord).


L’efficacité de notre système de formation est aussi en cause : seuls 36% des jeunes Français obtiennent leur licence en 3 ans contre 42% en moyenne pour l’OCDE. Un récent rapport de la Cour des Comptes (3/6/2025) souligne la faible efficacité de notre système d’orientation des jeunes, ParcourSup en tête. 40% ressentent subir leur orientation, en particulier en seconde, au moment du choix entre filière Pro et filière Générale. Et plus tard, 17% des étudiants de 1ère année universitaire sortent du système, sans diplôme.

 

Une longue retraite

On n’observe pas de pic de chômage chez les 55ans et +. L’écart avec nos voisins est du même ordre que ce qu’on observe pour les 25-54 ans, avec un excédent de chômage de 2 points en France.



C’est leur retrait de la vie active qui est en cause. Le taux d’activité de nos 55-64 ans est plus bas de près de 13 points vs nos voisins du nord. Ils ne tombent pas au chômage, ils partent à la retraite. L’âge de départ à la retraite est l’autre spécificité française : nous partons un an plus tôt que la moyenne européenne, et donc deux ans plus tôt que les Allemands, trois ans plus tôt que les Danois, les Hollandais ou les Suédois.


Couplée avec une espérance de vie dans la moyenne haute des pays de l’OCDE, cet âge de retraite précoce induit une charge accrue sur notre système social : avec l’Allemagne, ce sont 4 ans (2 ans de retraite précoce et 2 ans de vie plus longue) de retraite de plus à financer en moyenne.

 

  

Annexe



 
 
 

Commentaires


Posts à l'affiche
Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square
bottom of page